EvolveDigital Montréal 2026 a réuni des professionnels issus des domaines de la stratégie numérique, du marketing, du design, du développement, de l'accessibilité, de l'enseignement supérieur et de l'intelligence artificielle.

Une grande partie de la journée a été consacrée à l'IA, mais les interventions les plus utiles ne portaient pas vraiment sur les outils eux-mêmes. Elles traitaient plutôt du travail qui doit être effectué en parallèle : nettoyer le contenu, documenter les décisions, définir des normes, veiller à ce que les humains restent impliqués et aider les équipes à modifier concrètement leurs méthodes de travail.

Voici quelques thèmes qui sont ressortis.

EvolveDigital Montréal étant un sommet bilingue, certains enregistrements de sessions sont en anglais. Pour afficher les sous-titres en français, cliquez sur l'icône des paramètres de YouTube, activez les sous-titres, puis sélectionnez la traduction automatique vers le français.

1. L'IA rend les contenus de mauvaise qualité plus difficiles à ignorer

L'un des exemples les plus parlants est celui présenté par Joyce Peralta lors de son intervention sur le modèle de contenu unifié de l'Université McGill.
McGill dispose d’un écosystème web très vaste, composé de nombreux sites, de nombreux contributeurs et de multiples façons de décrire les mêmes choses. Joyce a donné l’exemple de dizaines de termes différents utilisés pour désigner les « composants d’un programme ». Ce genre d’incohérence est source de confusion pour les utilisateurs, mais pose également un problème pour l’IA. Si le contenu n’utilise pas de concepts et de relations cohérents, les outils d’IA ont plus de mal à fournir des réponses utiles.

L'idée n'était pas de dire « utilisons l'IA pour améliorer le contenu ». C'était tout le contraire : si l'on veut que l'IA fonctionne correctement, il faut d'abord améliorer le modèle de contenu.

L'intervention de Roland Benedetti sur les opérations de gestion de contenu a mis en avant un point connexe : le CMS ne représente qu'une partie du cycle de vie du contenu. La stratégie, la rédaction, la révision, l'image de marque, les aspects juridiques, la localisation, la publication et l'archivage sont souvent pris en charge par différents outils et différentes équipes. L'IA peut apporter son aide, mais uniquement si les équipes comprennent l'ensemble du flux de travail et identifient les points de transfert qui ralentissent le processus.

À Concordia, Andrei Kalamkarov a présenté un exemple similaire issu de son équipe web. Son équipe utilise Obsidian comme base de connaissances locale pour le projet, où sont consignés la documentation, les normes et les flux de travail liés à l'IA, le tout rédigé en Markdown. L'objectif est de fournir à l'équipe et à ses outils d'IA un contexte plus riche sur lequel s'appuyer.

À ne pas manquer :
Building a unified content model avec Joyce Peralta, Université McGill
Leading a team using AI avec Andrei Kalamkarov, Université Concordia
Content Ops : maîtriser l'IA pour booster la productivité sans perdre le contrôle avec Roland Benedetti, Pantheon 

2. « Utiliser l'IA » ne revient pas à changer la manière dont le travail est effectué

La table ronde sur le marketing et la communication a permis de se faire une bonne idée de ce à quoi ressemble concrètement l'adoption de l'IA au sein des entreprises.

Les intervenants ont évoqué l'utilisation de Copilot, Claude, ChatGPT, NotebookLM et d'outils internes pour des tâches telles que la rédaction, la recherche, l'analyse des médias, la production de rapports et la compréhension des clients. Mais le plus intéressant n'était pas la liste des outils en elle-même, mais plutôt le processus qui les entoure.

Ils ont abordé les thèmes de l'adhésion en interne, de la conformité, de la confidentialité, de l'expérimentation, ainsi que de la gêne que peuvent ressentir certaines personnes qui ne souhaitent pas toujours admettre qu'elles utilisent l'IA. Ils ont également évoqué la recherche d'ambassadeurs en interne : des personnes curieuses, prêtes à tester de nouvelles solutions et capables de rallier les autres à leur cause.

Cela faisait écho à la table ronde « L’IA roule. Qui tient le volant ? », qui abordait plus directement les questions de responsabilité, de gouvernance et de savoir qui est chargé de piloter l’adoption de l’IA au sein des organisations.

À Concordia, Andrei a expliqué comment l'IA avait aidé les concepteurs et les analystes à dépasser le stade des transferts de tâches et à prendre davantage en charge eux-mêmes le processus de développement. Cela n'a été possible que parce que l'équipe disposait de normes, de processus de révision et d'une documentation bien établis.

La question pertinente n'est donc pas « quel outil d'IA devrions-nous utiliser ? », mais plutôt : « quelle partie de notre flux de travail cherchons-nous réellement à améliorer, et quels changements faut-il apporter autour de celle-ci ? »

À ne pas manquer :
Panel: IA en marketing et communication : que font les leaders en 2026 ? avec Amandine Michaud, Aria Consulting ; Samira Durand, BC ASSUR ; Philippe Orfali, La Caisse ; et Angela Rodriguez, FinDev Canada
Beyond the prompt: How design process is actually changing avec Tif Flowers, Shopify et Vuong Tong, Perimetre Marketing 
AI between writers and the CMS avec Kevin Emond, TELUS 
L'IA roule. Qui tient le volant ? avec Donald Brosseau,  Nexus Innovations ; Véronique Tremblay, Videns propulsée par COFOMO ; Sarah Gagnon-Turcotte, Vooban ; et Rémi Dion, Explor.ai

 Panelists Sarah, Véronique and Donald speak on stage during the L’IA roule. Qui tient le volant? discussion, with a screen showing Donald Brosseau, Véronique Tremblay, Sarah Gagnon-Turcotte, and Rémi Dion.
Légende : La table ronde « L’IA roule. Qui tient le volant ? » a réuni Donald Brosseau, de Nexus Innovations, Véronique Tremblay, de Videns (soutenue par COFOMO), Sarah Gagnon-Turcotte, de Vooban, et Rémi Dion, d’Explor.ai, pour discuter de la responsabilité et de la gouvernance en matière d’IA. Photo : Evolving Web.

3. Les contenus générés par l'IA doivent refléter un point de vue

L'intervention d'Alexandre Gravel sur la voix de marque dans l'enseignement supérieur à l'ère du « slop » généré par l'IA a constitué l'une des réponses les plus concrètes face au déluge de contenus génériques produits par l'IA.

Son argument était simple : l'IA produit souvent la moyenne de ce qui existe déjà. C'est pourquoi tant de textes générés par l'IA semblent fades, sans risque et interchangeables.

Pour les universités et autres établissements, cela pose un véritable problème. Si tout le monde utilise les mêmes outils pour parler de programmes, de publics et de valeurs similaires, tout finit par se ressembler.

L'intervention de Chaney Moore sur la notoriété de marque dans un monde « zéro clic » a mis en avant une raison supplémentaire pour laquelle ce sujet est important. Les internautes ne se rendent peut-être plus systématiquement sur votre site web en premier lieu. Ils peuvent découvrir votre organisation par le biais d'une réponse, d'un résumé ou d'une citation générés par l'IA. Cela signifie que votre contenu doit être suffisamment clair, cohérent et précis pour que les systèmes d'IA comprennent ce que vous faites et sachent quand vous mentionner.

Alexandre a proposé une approche plus structurée de la langue : définir la voix, le vocabulaire, le style et le ton de l'organisation avant de demander à l'IA de rédiger quoi que ce soit. En d'autres termes, il ne suffit pas de donner une consigne à l'outil en espérant qu'il s'exprime comme vous. Il faut lui fournir un cadre linguistique dans lequel il pourra s'inscrire.

Cela nous ramène également au panel sur le marketing. L'IA peut aider à produire du contenu, mais ce sont toujours les personnes qui doivent décider du ton de l'entreprise, de ses valeurs et de ce qui ne doit en aucun cas être publié sans avoir été relu.

Sessions to watch:
Higher education brand voice in the age of AI slop avec Alexandre Gravel, EspressoToast 
Brand awareness in a zero-click world avec Chaney Moore, JAKALA 

4. L'accessibilité n'est pas la responsabilité d'une seule personne

La table ronde sur l'accessibilité a rappelé que l'accessibilité ne peut fonctionner que si les responsabilités sont partagées.

Les intervenants ont abordé certaines zones d'ombre courantes : qui rédige les textes alternatifs ? Qui vérifie les transcriptions ? Qui est responsable lorsque du contenu est ajouté via un CMS ? Qui veille à ce que l'accessibilité soit prise en compte avant la mise en ligne, et non après ?

La réponse n'était pas que tout le monde devait devenir spécialiste de l'accessibilité. Elle était plutôt que chaque intervenant doit comprendre son rôle. Les concepteurs, les développeurs, les auteurs de contenu, les équipes d'assurance qualité, les chefs de projet et les dirigeants ont tous une influence sur l'accessibilité d'un produit numérique.

Le panel a également souligné les limites d'une approche axée uniquement sur la conformité. Les audits, les normes et les outils ont certes leur importance, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. Les équipes ont toujours besoin de tests fonctionnels, d'une expérience concrète, de formations et d'une responsabilité clairement définie.

À ne pas manquer :
Accessibilité numérique / Digital accessibility avec Olivier Fortin, CBC/Radio-Canada ; Jennifer Chadwick, Journey Accessibility ; Rocío Alvarado, CIAO technologies ; et Carolina Crespo, Vispero
 

Olivier Fortin, Jennifer Chadwick, Rocío Alvarado, and Carolina Crespo stand together in front of the EvolveDigital Montréal presentation screen after the digital accessibility panel.
Olivier Fortin (CBC/Radio-Canada), Jennifer Chadwick (Journey Accessibility), Rocío Alvarado (CIAO technologies) et Carolina Crespo (Vispero) ont discuté de la manière dont l'accessibilité repose sur une responsabilité partagée entre les différentes équipes. Photo : Evolving Web.

5. Ne transférez pas le désordre

La session organisée par HEC Montréal a rappelé qu’une migration de système de gestion de contenu (CMS) peut soit résoudre d’anciens problèmes, soit les transposer sur une nouvelle plateforme.

Plutôt que d'essayer de migrer les 10 000 pages d'un seul coup, l'équipe a donné la priorité aux contenus essentiels, tels que les pages consacrées aux programmes et aux événements, pour la première mise en ligne. Elle a également eu recours à un système de conception basé sur des composants afin d'offrir davantage de flexibilité aux rédacteurs, sans pour autant transformer chaque page en une création unique.

Ce projet n'était pas uniquement d'ordre technique. Une matrice RACI et un comité de pilotage ont permis de clarifier les décisions, notamment lorsque les priorités des différentes équipes s'opposaient. La formation dispensée et la simplification du processus d'édition ont également contribué à réduire la dépendance vis-à-vis des développeurs pour les mises à jour courantes du contenu.

La leçon à retenir : un nouveau CMS ne rendra pas automatiquement un site plus facile à gérer. Vous devez déterminer ce qui doit être standardisé, ce qui doit rester flexible, qui prendra les décisions et comment les rédacteurs seront accompagnés après le lancement.

À ne pas manquer :
Migration, refonte, adoption : simplifier aujourd'hui, faire évoluer demain avec Alexandra Claveau, HEC Montréal ; Vincent Demers, HEC Montréal ; et Sébastien Lemieux, Evolving Web

Alexandra Claveau and Vincent Demers of HEC Montréal, with Sébastien Lemieux of Evolving Web, present the HEC Montréal website migration and redesign to an audience.
Alexandra Claveau et Vincent Demers, de HEC Montréal, accompagnés de Sébastien Lemieux, d’Evolving Web, ont expliqué comment la migration du site de HEC Montréal avait permis de concilier gouvernance, flexibilité éditoriale et évolution à long terme de la plateforme. Photo : Evolving Web.

6. Plus rapide ne signifie pas toujours meilleur

L'intervention de Marion-Isabelle Muszynski sur la robustesse s'est démarquée car elle remettait en question une exigence que les équipes numériques entendent sans cesse : « Rendez-le plus rapide, plus léger, plus efficace. »

Son argument était que les systèmes optimisés uniquement pour l'efficacité peuvent devenir fragiles. S'il n'y a pas de solution de secours, pas de capacité supplémentaire, pas de partage des connaissances et pas de marge de manœuvre pour s'adapter, le système peut fonctionner correctement dans des conditions idéales, mais échouer dès qu'un imprévu survient.

Elle s'est appuyée sur la conception de services pour évoquer la mise en place de systèmes plus solides : des systèmes offrant de multiples voies d'accès, des relations plus solides, une meilleure coopération et suffisamment de souplesse pour continuer à fonctionner lorsque la situation évolue.

Cette idée a trouvé un écho dans de nombreuses autres sessions. Un modèle de contenu aide une institution à s'adapter. Une « mémoire de projet » permet à une équipe d'éviter la perte de connaissances. Les pratiques en matière d'accessibilité doivent perdurer au-delà d'un simple lancement. Le travail sur la plateforme doit permettre de s'adapter aux changements futurs, et pas seulement à la prochaine version.

La session consacrée à BAnQ numérique a proposé une autre version de ce même concept. Son équipe a évoqué la nécessité de s’éloigner d’une mentalité consistant à « tout livrer d’un seul coup » pour adopter une approche plus progressive, en partant d’une base solide susceptible d’évoluer au fil du temps. Pour une plateforme publique hébergeant des millions de documents numérisés, la pérennité et la pertinence à long terme priment sur l’ajout immédiat de finitions ou de nouvelles fonctionnalités.

À ne pas manquer :
Designing robustness: service design as a factory of lasting connections avec Marion-Isabelle Muszynski, CGI 
Refondre le site patrimonial BAnQ numérique avec Drupal: améliorer sans rompre avec Claudia Beaumont, Éric Ethier et Charles Martin, BAnQ

Conclusion

L'événement EvolveDigital Montréal 2026 a clairement mis en évidence une chose : la qualité d'un projet numérique repose sur le travail effectué en coulisses. Structurer le contenu pour l'IA, clarifier les responsabilités en matière d'accessibilité, simplifier l'architecture du CMS et documenter les décisions ne sont peut-être pas toujours les aspects les plus visibles d'un projet, mais ce sont ces éléments qui aident les équipes à se développer, à s'adapter et à créer de meilleures expériences numériques au fil du temps.

Venez aborder des thèmes comme celui-ci lors de nos prochains sommets. Rendez-vous sur evolvedigital.com pour en savoir plus.